Polymorphe Mr. Zula

Nostalgiques et volatiles : voilà ce que peuvent inspirer les œuvres de Mr. Zula. Né à Istanbul d’un père caricaturiste et d’une mère peintre, Zula — de son vrai nom Burka Bayram — s’est installé en France en septembre 2012, pour le plaisir de nos oreilles. En recherche constante de nouveautés, de perles sonores pour agrémenter ses tracks. Zula avait en Turquie sa radio éponyme, et joue actuellement dans diverses salles parisiennes, notamment le Mellotron, où il est résident et anime depuis 2016 une émission, Smoothdown.
Son allié principal ? L’électronique sous toutes ses formes. Retour sur un jeune homme complet à la sensibilité numérisée.

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Culiv’âme : Salut Zula, tu peux nous dire ce qui t’a amené à la musique, celle que tu fais vivre aujourd’hui ?

Mr. Zula : Initialement, j’ai monté ma radio, Radio Zula. C’est de là d’où m’est venu mon pseudonyme définitif. Avec Radio Zula, je diffusais des mixes, montais des émissions, mais mes productions étaient vraiment plus expérimentales. J’explorais plus que je ne créais, ça relevait plus de l’essai dans un genre expérimental, ambiant.
Au début, je faisais tout moi-même, du synthé aux beats, mais maintenant j’utilise des samples qui existent déjà. Avant c’était plus original, mais pas génial. J’aime mieux manipuler le son en utilisant les samples plutôt que d’en composer un ; disons que le procédé est un peu comme le collage en peinture.

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J’ai commencé à vraiment me trouver musicalement il y a cinq ans. Mon univers, assez concret, s’est tourné progressivement vers le hip-hop lo-fi. Mon son est devenu moins clair, moins pur, parce que ça ne me semblait pas assez représentatif de ma vision de la vie. Avec la politique en Turquie, qui a engendré pas mal de censures, de changements dans le quotidien, j’ai voulu donner un côté plus trash pour me rapprocher de ma perception. Puis les rendus trop propres ne me parlent pas. Avec la haute-définition, c’est un peu comme si on perdait la réalité. Ça se ressent aussi dans mes visuels [Zula est aussi graphiste freelance, ndlr] : mes illustrations ne sont pas idéalistes, comme ma série d’animaux handicapés peut le montrer.

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CVA : De la première idée à l’enregistrement final d’un morceau, tu peux nous dire les différentes étapes par lesquelles tu passes ?

MZ : D’abord, je vais aux Puces [de Saint-Ouen, ndlr] pour chercher des vinyles totalement aléatoires : hip-hop, ethnique, poésie… Le principe est celui du pari : j’achète un disque pour 50 centimes, souvent pour la couverture qui est dingue ! Parfois ça donne des trucs intéressants, d’autres fois c’est le néant.
Je sample d’abord, et ensuite je collabore avec des musiciens. Mon meilleur pote est bassiste, comme il habite Strasbourg je lui envoie mon idée et il pose une ligne de basse dessus par exemple. Je collabore avec d’autres musiciens pour les vocaux, comme des  univers rap ou assez jazzy. Je dois prochainement collaborer avec une chanteuse jazz d’ailleurs.
J’utilise essentiellement un sampler Roland et un synthé. Tu mets ta platine dans le sampler, tu modifies complètement le son, tu loopes [boucle, ndlr] et après tu créées un beat.
Je dois numériser avec l’ordinateur, pour le mixage et l’ajout d’autres éléments. The Reaper [sorte de GarageBand en libre utilisation, ndlr], je l’utilise en finition.

CVA : Une inspiration particulière en ce moment ?

MZ : The Mighty Bop [Bob Sinclar avant Bob Sinclar, ndlr], Azymuth, DJ Krush, St Germain, Nujabes, le hip-hop abstrait des 90’s notamment français, la Jungle et la Drum’n’Bass. J’essaye de sampler les anciens morceaux, les trucs bien old school.

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CVA : Qu’est-ce que tu as envie d’exprimer avec ta musique ?

MZ : Le spleen. Depuis mon enfance, ce que je produis est toujours sombre, peut-être à cause de la Turquie et de ce qui s’y passe. Je me sens un peu comme si j’avais 35 ans, que j’avais raté ma jeunesse. C’est pas majoritairement joyeux même si ça arrive. Depuis un an, c’est un peu plus lumineux, parce qu’à Paris je suis plus calme, je sais pas (rires). Mon expression varie aussi selon ma vie professionnelle, ça influence pas mal mine de rien.

CVA : Ton mot de la fin ?

MZ : J’ai envie de relancer ma radio, c’était comme mon gosse, mon premier projet ayant marché dans ma vie : il a duré quatre ans, et ça m’a permis de développer un réseau de musiciens mais aussi de rencontrer certains amis.

Tous les visuels ont été publiés avec l’aimable autorisation de l’artiste. Pour plus de découvertes sur Mr. Zula, vous pouvez le retrouver sur Behance, Soundcloud, Facebook

Maud S.

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