L’Amour n’est pas mort

Ah, l’Amour ! L’Amour… Un lieu qui porte son nom comme un gant de velours, et qu’on menace de lui arracher pour redevenir les forges désaffectées qu’elles ont été durant trente ans. On en a rencontré le fondateur (qui a aussi lancé le Wonder) dans un des ateliers de l’entrepôt ; ici, ça sent bon le bois et la peinture.


Ce squat d’artistes vieux de deux ans — rare à Paris ! — serait vidé de ses occupants et de ses expositions éphémères, cruelle ironie : le 14 février… « Serait », car des négociations sont toujours en cours pour repousser la date d’expulsion des lieux sur la trêve hivernale. Au bout du quatrième procès depuis la création du squat, le propriétaire ne lâche pas l’affaire. Surtout qu’aucune raison apparente ne l’anime, hormis celle de la propriété.


Alors, tant que l’Amour continuera à vivre, les expositions — uniquement — collectives perdureront. Sur un système participatif, il offre la possibilité à des artistes émergents de présenter leur travail sur des surfaces plus que conséquentes. Cela leur évite par ailleurs d’avoir à passer par les galeries d’art, dont l’investissement est coûteux, et qui taxent à 60% n’importe qu’elle vente. Ici, celle-ci s’élève à… 0%. Tout comme le prix pour y exposer.

« On pense que ce genre de lieux génère de l’argent, alors que pas du tout », me confie Alex, le tenant des lieux. « Au contraire, on en met de notre poche. »

Alors, c’est qui « on » ? Tous ceux qui vivent à l’Amour. La seule condition pour y habiter : investir du temps dans les projets d’expo. Ce sont leurs deux seuls moteurs : les dons d’argent et de temps. Participatif, communautariste mais pas sectaire, voici ce qui fait tout le succès de ce lieu. Tous artistes, les occupants travaillent dans les ateliers à disposition, mais ils n’y exposent pas leurs créations. L’altruisme de l’Amour à l’état pur.


Mais alors, une question me brûlait les lèvres : « Comment se fait-il que, récemment, autant de squats d’artistes ferment ? »

«  De nouvelles lois sur les squats ont été votées, ils resserrent la vis… Ils se servent de l’image des squats pour lancer des appels à projets et investir de nouveaux lieux où vendre des pintes à huit euros. Et le pire, c’est que ça marche…                                                         Regarde le Grand Train par exemple. Il y a encore quelques années, on pouvait se poser sur les rails avec son pack de bière, tranquillement. Maintenant quand tu veux y aller, t’as le droit à une fouille à l’entrée, plus pour éviter que tu rentres avec ta propre nourriture ou ton pack, que pour checker si t’as une bombe sur toi. C’est dingue, surtout quand on se dit qu’on pourrait loger 1500 personnes au moins dans un si grand lieu… Et que ça tourne au truc hyper bobo qui génère beaucoup d’argent sur la revente de la bière et de planchettes de charcuterie. Sous un aspect plus général, les artistes qui font remplir les lieux ne sont pas forcément les plus nécessiteux, puisque ce sont les plus offrants dans l’appel à projet qui gagnent leur place».


Une explication qui en dit long sur notre époque. Mais Alex ne se laisse pas abattre: des squats, il en a déjà lancé plusieurs, et s’il faut en créer d’autres, il en créera. En attendant, les expositions continuent jusqu’au 14 février, alors profitons-en ! Cette semaine, c’est un collectif d’illustrateurs qui s’empare des lieux au travers d’une expo intitulée « La Belle Vie », suivie de « L’Amour avec Wolf » et « La Drague » pour le week-end de la Toussaint !

Leur facebook pour plus de détails: https://www.facebook.com/24MOLIERE/?fref=ts 

G. Boudin-Fabre

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